“Comment le roi du pétrole a échappé à la justice”

LeTempsLogo October 24, 2009
(Biggest French Language Swiss Daily)

Un ouvrage du journaliste alémanique Daniel Ammann revient sur la vie de Marc Rich. L’homme d’affaires établi à Zoug y raconte son épopée qui va de l’Iran sous Khomeiny à Cuba de Fidel Castro.

Yves Hulmann, Zurich

Agé de 74   ans, Marc Rich continue d’être entouré d’une aura de mystère particulière. L’homme d’affaires qui vit depuis un quart de siècle dans la région zougoise évite soigneusement les contacts avec les médias. C’est pourquoi la publication récente d’un ouvrage par Daniel Ammann consacré à la vie du milliardaire n’est pas passée inaperçue. Le journaliste alémanique a pu s’entretenir durant une trentaine d’heures avec l’homme qui figure en 236e place du classement des plus grandes fortunes américaines selon Forbes.

Sous le titre Le roi du pétrole. Les vies secrètes de Marc Rich , l’ouvrage publié en anglais obtient également un écho particulier en paraissant au moment où les Etats-Unis ont déposé une demande d’extradition du cinéaste Roman Polanski.

Durant les années 1980 et 1990, les Etats-Unis avaient aussi exercé de nombreuses pressions sur la Suisse pour qu’elle lui livre Marc Rich , alors accusé d’évasion fiscale et de commerce avec l’ennemi, en l’occurrence l’Iran. En 1983, un certain Rudolph Giuliani, procureur de New York, demande son extradition. Etabli à Zoug où il opère avec sa société Marc Rich & Co, l’homme d’affaires ne sera jamais inquiété par les autorités helvétiques. Sur son site, Marc Rich rappelle qu’il a été inculpé aux Etats-Unis, «mais qu’il n’a jamais été ni jugé ni condamné».

Avant d’être gracié en 2001, Marc Rich a réussi à échapper à la justice américaine durant deux décennies. Comment? Une partie de la réponse tient à l’attitude alors moins coopérative des autorités helvétiques qu’actuellement. L’ouvrage du journaliste de la Weltwoche révèle de nombreux détails sur cette période. Ainsi, en 1983, Jürg Leutert, le représentant de la Suisse aux Etats-Unis, rencontra Rudolph Giuliani. L’occasion de signaler au futur maire de New York que la Suisse n’allait pas appliquer le droit américain sur sol helvétique. A noter que sa société n’agissait pas illégalement du seul point de vue du droit suisse. «Tout ce que nous avons fait, nous l’avons effectué de manière légale. Nous faisions des affaires avec l’Iran, Cuba et l’Afrique du Sud en tant que compagnie suisse. Toutes ces affaires étaient entièrement légales d’après le droit suisse», se justifie Marc Rich .

S’il a réussi à échapper à la justice américaine, c’est aussi en raison de la mauvaise stratégie employée par Rudolph Giuliani, analyse un diplomate suisse, cité par le Tages-Anzeiger. En effet, le futur maire de New York préféra exercer un maximum de pression sur les autorités helvétiques, qui se sont alors rebiffées, plutô­t que d’exploiter toutes les possibilités offertes par le droit. S’ensuivent aussi d’autres épisodes rocambolesques, tels qu’une tentative ratée d’enlèvement de Marc Rich par les autorités américaines à Zoug en 1985.

La vie de Marc Rich se révèle comme une épopée étonnante à travers l’histoire du XXe siècle. Le fondateur de Marc Rich & Co, société sur la base de laquelle sera fondée l’actuelle Glencore, relate même sa rencontre avec Che Guevara. Le plus étonnant est sa capacité à avoir maintenu des contacts avec des pays sous des régimes très différents. Sa société continue de livrer du pétrole iranien à Israël au moment où les relations entre les deux pays étaient au plus bas.

Né à Anvers en 1934 dans une famille juive, avant d’émigrer aux Etats-Unis en 1941, ses contacts avec Israël ont aussi facilité sa réhabilitation aux Etats-Unis. Des politiciens tels que Shimon Peres et Ehoud Barak ont intercédé en sa faveur auprès de Bill Clinton, qui lui accorda sa grâce tout à la fin de son mandat présidentiel.

L’homme lève aussi une partie du voile sur sa vie personnelle, en particulier sur son traumatisme de ne pas avoir pu rendre visite à sa fille malade aux Etats-Unis, morte à l’âge de 27   ans. Marc Rich admet aussi avoir payé 365   millions de dollars à son ancienne femme Denise, lors de son divorce. Envisage-t-il de retourner aux Etats-Unis? Certainement pas, répond Marc Rich , même s’il en aurait légalement la possibilité. Quant à son pays d’accueil, il remercie aussi la Suisse «de ne pas s’être laissé intimider par une grande puissance».

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